C’est probablement l’une des questions que j’entends le plus souvent.
Depuis des années, j’accompagne presque exclusivement des personnes souffrant de capsulite rétractile et de tendinites chroniques. Je reçois des patients venant de toute la France, parfois de l’étranger, à tous les stades d’évolution : début de capsulite, phase inflammatoire très douloureuse, épaule déjà bloquée depuis plusieurs mois, récupération difficile ou crainte d’une récidive.
À force d’observer ces situations jour après jour, certains schémas deviennent impossibles à ignorer. L’un des plus fréquents est celui-ci : une personne est déjà en train de traverser une capsulite. Puis un jour elle me regarde avec inquiétude et me dit :
« Fabien, l’autre épaule commence aussi à me faire mal. »
Et presque toujours, la même peur apparaît immédiatement« Est-ce que je vais avoir deux capsulites ? »
C’est une peur légitime. Parce que lorsqu’on traverse déjà une capsulite, on sait ce que cela représente. Les nuits difficiles. La perte progressive de mouvement. Les gestes du quotidien qui deviennent compliqués. L’impression que son épaule décide soudainement de ne plus coopérer. Alors lorsque la moindre douleur apparaît de l’autre côté, l’inquiétude est immédiate.
Pourtant, l’expérience m’a appris quelque chose d’important :
Une douleur dans la deuxième épaule ne signifie pas automatiquement qu’une deuxième capsulite est en train de commencer.
Fabien Claude-Storz · cabinet de la capsulite rétractile
Une douleur dans l’autre épaule n’est pas forcément une capsulite
Lorsque vous vivez avec une capsulite, votre corps entier s’adapte. Vous utilisez davantage l’autre bras. Vous modifiez votre façon de dormir, de conduire, de travailler, de porter, de vous habiller. Parfois depuis plusieurs mois. L’épaule qui allait bien devient progressivement celle qui fait tout le travail. Et il n’est pas rare qu’elle finisse par devenir douloureuse à son tour.
Pourtant, douleur ne signifie pas capsulite. C’est une confusion fréquente.
Une épaule fatiguée
Douloureuse à l’usage, mais qui garde sa liberté de mouvement. La gêne fluctue, elle ne progresse pas semaine après semaine.
Une vraie capsulite
Avant tout une perte progressive d’amplitude. La douleur seule n’est qu’un indice — c’est le mouvement qui se referme qui compte.
C’est cette perte d’amplitude qui attire mon attention. Bien plus que la douleur seule.
Alors comment savoir si une deuxième capsulite démarre réellement ?
Je ne me base jamais sur un seul symptôme. Ce qui m’intéresse, c’est l’évolution.
Est-ce que la mobilité diminue semaine après semaine ?
Est-ce que la rotation externe devient plus difficile ?
Est-ce que certains gestes deviennent progressivement impossibles ?
Est-ce que l’épaule semble se verrouiller petit à petit ?
Lorsque ces éléments apparaissent ensemble, l’hypothèse d’une deuxième capsulite devient plus sérieuse. Mais dans de nombreux cas, ce que le patient interprète comme le début du même cauchemar est simplement une épaule fatiguée, sursollicitée ou en train de compenser depuis longtemps.
Certaines situations augmentent réellement le risque d’une deuxième capsulite
Il est important d’être honnête. Toutes les capsulites ne se ressemblent pas. Et toutes les personnes n’ont pas le même risque de voir l’autre épaule se bloquer.
Au fil des années, j’ai accompagné des patients présentant des profils très différents. Certains étaient en parfaite santé avant leur capsulite. D’autres présentaient déjà des antécédents médicaux connus pour être associés à cette pathologie. La littérature scientifique montre que certaines situations augmentent le risque de développer une capsulite, et parfois même de voir l’autre épaule être touchée au cours de la vie. C’est notamment le cas chez certaines personnes souffrant de :
Lorsque je reçois une personne dont l’autre épaule commence à devenir douloureuse, ces antécédents font toujours partie des premières informations que je recherche. Non pas pour enfermer la personne dans un diagnostic. Mais parce qu’ils font partie de l’équation. Ils peuvent influencer le risque de développer une capsulite, sa durée d’évolution, son intensité ou sa probabilité de toucher les deux épaules.
Pourtant, ces facteurs n’expliquent pas tout
Et c’est probablement ce qui m’a le plus surpris au fil de ma pratique. Car de nombreux patients que j’accompagne ne présentent aucun de ces facteurs de risque. Pas de diabète. Pas de problème thyroïdien connu. Pas de maladie inflammatoire. Pas d’antécédent médical particulier. Et pourtant, ils développent une capsulite. Parfois même sur les deux épaules.
Autrement dit, les facteurs médicaux expliquent une partie de l’histoire. Mais ils ne racontent pas toute l’histoire.
Pourquoi la même articulation ?
C’est peut-être la question qui me passionne le plus. Si le problème était uniquement mécanique, pourquoi observe-t-on parfois le même scénario sur l’autre épaule ? Pourquoi exactement la même articulation ? Pourquoi parfois quelques mois plus tard ? Pourquoi parfois plusieurs années après la première ?
Je n’ai pas la prétention d’avoir toutes les réponses. Mais après avoir accompagné de nombreuses personnes souffrant de capsulite rétractile, j’ai appris qu’il était souvent utile d’élargir le regard.
Lorsque je prends le temps de remonter l’histoire d’une personne, je retrouve régulièrement certains points communs. Des périodes de fatigue prolongée. Des responsabilités importantes. Des années passées à tenir bon. À gérer. À anticiper. À porter beaucoup de choses pour beaucoup de monde.
Je ne dis pas que cela provoque une capsulite. Je dis simplement qu’après des années passées à observer cette pathologie, je ne peux plus ignorer ces régularités.
Une capsulite n’est pas une fatalité
L’une des croyances les plus répandues consiste à penser qu’il ne reste qu’une seule chose à faire : attendre. Attendre un an. Parfois deux ans. Parfois davantage.
Je respecte profondément les capacités naturelles de récupération du corps. Mais je suis également fier de pouvoir dire qu’au fil des années, j’ai développé une approche spécifiquement dédiée à l’accompagnement des personnes souffrant de capsulite rétractile. Une approche douce. Progressive. Respectueuse. Sans brutalité. Sans manipulation forcée. Sans chercher à gagner contre une épaule qui se protège.
Mon objectif n’est pas de forcer le mouvement. Mon objectif est de comprendre ce qui limite ce mouvement et d’aider progressivement le corps à retrouver davantage de liberté.
Pourquoi je propose un accompagnement de trois jours
La plupart des personnes qui me consultent ont déjà essayé de nombreuses choses avant d’arriver jusqu’à moi. Elles ont parfois consulté plusieurs professionnels, essayé différents traitements, attendu pendant des mois, parfois pendant des années.
C’est pour cette raison que j’ai créé un accompagnement intensif de trois jours dans mon cabinet en Gironde. Trois jours permettent souvent de voir ce qu’une consultation isolée ne permet pas toujours d’observer : l’évolution des mouvements, les compensations, le sommeil, la respiration, l’histoire de la douleur, les habitudes de vie, le contexte global dans lequel cette capsulite s’est installée.
Cette durée permet également d’accompagner le corps avec davantage de douceur, de progressivité et de précision. Sans précipitation. Sans violence. Avec le temps nécessaire pour observer les changements.
La peur est souvent plus rapide que le diagnostic. Et c’est parfaitement humain.
Mais une douleur dans la deuxième épaule ne signifie pas automatiquement qu’une deuxième capsulite est en train de démarrer.
La question n’est peut-être pas seulement : « Est-ce que l’autre épaule va se bloquer ? »
C’est peut-être aussi : « Qu’est-ce que cette première capsulite est venue m’apprendre — avant que la seconde n’ait besoin de raconter la même histoire ? »

TENDINITE